Aujourd’hui, il fait moche, il fait froid et je suis chez moi. Et pour que tu me reconnaisses, j’ai mis mon casque et mes lunettes. Sinon, tu aurais pu te demander qui j’étais 😉.

Je te parle d’un sujet qui revient très souvent dans les questions des grimpeurs, qu’ils soient bloqueurs, falaisistes ou “grimpe en salle” :

Quelle est la différence entre l’escalade à vue, l’escalade après travail et l’escalade flash ? 

Si tu veux tout savoir sur les principales caractéristiques de ces 3 types de grimpe, tu peux regarder la vidéo et découvrir si je finis par enlever mes lunettes et mon casque… Ou alors tu peux lire cet article. Au choix !

 

Grimpe à vue : la voie royale

 

Imaginons la scène

Je me balade au pied de la paroi, que ce soit en falaise, en salle ou entre les blocs. Je vois une ligne. Cette ligne me plaît. Elle est “vierge”. J’y vais, je la grimpe, je ne tombe pas. Je la réussis en tête et je sors en haut.

C’est ça la grimpe à vue. On ne peut pas faire plus pur. C’est la voie royale parce que :

  • je n’ai aucune information ;
  • je n’ai vu personne grimper avant ;
  • je n’ai pas vu de vidéo ;
  • je n’en ai pas entendu parler.

Personne ne m’a dit : « Tiens sur l’épaule, là, tu verras il y a un bidoigt au fond… Tu peux le trouver…”.

Des nuances malgré tout

Dégaines en place

Selon l’éthique personnelle à laquelle tu adhères, tu accepteras ou non que les dégaines soient en place. Le « vrai » à vue, à mon sens, c’est quand c’est toi qui poses tes dégaines. Certains disent que ça ne fait pas une grosse différence. Je suis d’accord.

Ça dépend de tes objectifs personnels. Moi, ça m’est même arrivé de dire que j’ai fait un “à vue” alors que j’étais en moulinette. Donc voilà !

Et traces de magnésie…

S’il y a beaucoup de traces de magnésie dans la voie, c’est plus facile de la grimper. La magnésie va t’aider à la lecture et à savoir où sont les grosses prises, les repos ou à voir le cheminement du bloc, de la voie, etc. Ça peut simplifier la grimpe, mais là, c’est pareil, on est un peu dans le détail.

En bref, le « à vue », c’est le must de l’escalade. En tout cas, c’est ce pourquoi les grimpeurs et les grimpeuses très forts se battent. Alex Megos ou Adam Ondra, par exemple, se disputent pour avoir le premier 9a+, 9b ou même le premier 9c à vue demain peut-être. Pour les nouvelles voies extrêmes, dire : “Il a sorti cette voie à vue”, c’est très important.

 

Grimpe après travail : ” le bon élève “

 

Le « après travail » s’effectue dans ton niveau max ou surmax.

Le travail

En tête ou en moulinette, tu vas faire des montées et des descentes, autant que tu en as besoin. Tu vas travailler la voie et les mouv’, section par section. Tu vas essayer un million de fois, tomber, redescendre, remonter… Et te reposer.

La période de travail

Cette période n’est pas définie. Ça peut être deux ascensions en une journée. Ça peut être trois mois ou encore, 2 ou 3 ans. Certains grimpeurs ont pu passer plusieurs années pour certaines voies extrêmes.

Le travail jusqu’à la sortie de la voie

J’ai sorti mon 7b après travail, c’est donc une façon de dire : “ J’ai sorti la voie, j’étais pas à vue clairement, puisque je l’ai travaillée, mais c’est quand même cool ”.

Là encore, les grimpeurs forts se battent pour avoir la première ascension d’une voie, même après travail. Par exemple, il y a quelques mois, Margot Heyse, une jeune Américaine et Angela Hetter, une jeune Autrichienne, ont grimpé, successivement, la première 9a+ et la première 9b féminin. C’était après travail, mais personne ne leur a demandé combien d’essais elles avaient mis. Moi, je ne leur ai pas demandé en tout cas ;).

Alors, peut-être que dans 4, 5 ou 10 ans, il y aura le premier 9b à vue féminin, c’est possible. C’est même fort possible.

 

Et la grimpe flash dans tout ça ?

 

Le flash est une grimpe entre les deux : entre le “ à vue “ et le “ après travail “.

La prise d’information

La première manière de grimper flash, c’est de te laisser expliquer la voie.

Par exemple, j’arrive au pied de la voie. Je suis au taquet et super en forme. Je dis à mon pote : « Vas-y, sors-moi un beau 7a, c’est mon niveau max. Je vais le faire, je suis chaud ».

Cette personne m’explique donc un 7a qu’elle connaît et elle dit : « Voilà, tu vas partir comme ça… La première section, tu vas grimper vite. Après, tu as un beau repos. Tu as une bonne prise là… Après attention, là, t’es dans le crux, etc. ». Cette personne va tout détailler : la séquence, les prises, le rythme dans la voie…

L’observation

L’autre façon de faire un flash, c’est d’observer quelqu’un d’autre grimper la voie. Cette fois, il n’y aura pas forcément d’explications, mais je vais le regarder faire. Je peux aussi regarder une vidéo de quelqu’un qui escalade la voie. Je suis plus « à vue », puisque je prends des informations extérieures.

Si je la sors du premier coup, je ne suis pas « après travail ». Je vais partir dedans en tête, poser mes dégaines ou pas et je vais sortir flash.

Pareil pour un bloc. On m’a expliqué où il y avait le crux, comment il fallait que je passe, quelle était la séquence… J’y vais, je sors. Voilà, j’ai fait un flash.

Dernièrement, Adam Ondra était à Saint-Léger, dans le sud-est de la France. Il a fait un 9a+ flash. Je ne sais pas si c’était le premier de l’histoire, mais en tout cas, ça a fait pas mal de bruit dans la presse. C’est quand même une sacrée performance. Comment a t’il fait ? Il a passé un certain temps avec l’ouvreur de la voie qui est français et qui qui lui a tout décrit. Il paraît que ça a duré des heures. Adam Ondra lui a posé un million de questions pour essayer vraiment de se visualiser en train d’escalader la voie alors qu’il n’avait jamais posé les doigts dedans.

Et quand il est parti, c’est un peu comme s’il la connaissait.

Il l’a récitée. Il a dit : « C’était assez contre-intuitif parfois, parce qu’en regardant, j’avais envie de faire autre chose. Mais je me suis forcé à appliquer la méthode qu’on m’avait donnée en bas. »

Résultat, il a sorti un 9a+ flash. C’est totalement incroyable. Mais bon, c’est Adam Ondra…

 

Alors, pourquoi une telle différence de niveau entre le « à vue » et le « après travail » ?

 

Le “à vue” plus difficile

C’est une question qui revient très souvent. Pourquoi escalader à vue est plus complexe ? C’est très simple. Il y a deux raisons à ça.

1- Tu fais face à l’inconnu

Tu grimpes et tu ne sais pas ce qui t’attend au-dessus. Normalement, tu as bien lu la voie avant de partir. Malgré tout, tu te retrouves dans une situation que tu ne maîtrises pas, parce que tu ne sais pas où tu vas. Le après travail, c’est totalement différent. Tu connais la séquence. Tu l’as visualisée tellement de fois que tu la connais par cœur. Tu sais exactement ce que tu vas faire. Ça simplifie quand même beaucoup les choses dans ton esprit.

2- C’est mentalement plus difficile

Partir à vue, c’est mentalement plus exigeant. On parle uniquement du mental parce que la voie, intrinsèquement, c’est la même. C’est un peu comme entre la tête et la moulinette. Tu connais probablement cette différence-là. Quand tu pars en moulinette dans la voie, c’est plus facile que quand tu es en tête. Pourquoi ? Parce que tu n’as pas la peur de la chute ni la peur de l’engagement. C’est normal d’avoir une telle différence de difficulté entre le “à vue” et le “après travail”. Par exemple, un niveau 6c après travail, c’est un 6a, 6a+ à vue. Si tu es au niveau 5b à vue, ton niveau après travail va être 6a, 6 a+.

Travailler sur le mental

L’enjeu en escalade est d’atténuer ces différences en renforçant ton mental.

En réalité, c’est vrai jusqu’à un certain niveau. Faire un « à vue » dans des niveaux très difficiles ;  dans le 7 ou 8 par exemple, ce n’est pas que du mental. C’est aussi du physique, parce que c’est vraiment beaucoup plus dur.

Concrètement, comment ça se passe dans du niveau 5 ou 6 ?

Je m’aperçois que mes potes et moi, on passe notre temps à faire du “ à vue “ à la salle. On part dedans et si on la sort du premier coup, on passe à la suivante.

Le problème, et j’en parle dans une autre vidéo [ question-progression #7 ], c’est que ce n’est pas forcément une bonne solution. Un très bon moyen de progresser en escalade sans que personne ne s’en aperçoive, c’est de répèter les voies, même dans son niveau de confort.

Répéter les voies, c’est très positif. Grâce à ça, tu vas :

  • ancrer ton bagage gestuel ;
  • améliorer ton efficacité dans la voie ;
  • te prouver que plus tu refais les mouvements, plus c’est facile.

 

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Je n’ai pas réussi à être concis encore une fois, mais j’espère avoir été clair et complet dans mon explication.

N’oublie pas que tu peux me laisser tes questions dans les commentaires. J’y répondrai peut-être dans une prochaine vidéo.

Bonne grimpe et à très bientôt.

Ciao !

Fabien 😉