Salut les grimpeurs, c’est Fabien de Grimpe à Vue.

L’article d’aujourd’hui reprend ce que nous avons abordé dans le Facebook live, basé essentiellement sur le cinquième pilier de la PROGRESSION en escalade. Très intéressant, juste avant d’entrer dans le sujet, je vous fais un petit rappel sur les 5 piliers qu’il faut absolument avoir dans les fondations de son escalade pour pouvoir se faire PLAISIR et PROGRESSER.


LES 5 PILIERS DE LA PROGRESSION

PILIER #1  : LA SOUPLESSE !

Donc le premier, c’est la souplesse. Voilà, c’est hyper important d’être souple en escalade. T’as beau être « musclor » si tu n’es pas souple en escalade tu ne pourras jamais monter tes pieds, et tu ne pourras jamais faire des bons mouv’ amples, fluides et bien grimper.

PILIER #2 : LA TECHNIQUE !

Deuxièmement la technique. La tenue de prise, les mouvements, savoir ce que c’est une lolotte, savoir ce que c’est une épaule, savoir ce que c’est une opposition, grimper en doufair* (00.04.26) par exemple. Bon ça c’est un peu plus rare, mais quand même ! Voilà, tout ça, ça fait partie de la technique. C’est pareil, c’est très important, c’est même plus qu’important : c’est primordial !

PILIER #3 : L’ÉQUILIBRE !

L’équilibre, le positionnement, le placement dans la voie, le placement des pieds. Voilà, ça… bon ça tu as déjà dû l’entendre c’est quelque chose qu’on rabâche sans arrête : « il faut bien placer tes pieds ». Qu’est-ce que ça veut dire ? Comment on fait ? Bon, ça c’est un pilier sur lequel il y a beaucoup à dire et à faire pour progresser donc on en reparlera.

PILIER #4 : LA TACTIQUE !

Quatrième pilier c’est la tactique. Le rythme dans la voie, la lecture, la respiration. Ça ce sont des sujets qu’on n’entend moins souvent et pourtant qui sont primordiaux. Quand on part bille en tête dans une voie, notre probabilité de réussir n’est pas aussi bonne que si on a pris le temps de la lire auparavant et d’avoir établi un plan d’action, une tactique.

PILIER #5  : LE MENTAL !

Et le cinquième point, c’est le mental ! Et c’est primordial ! Voilà ! Le mental j’en parle pour le coup souvent .

« Sans maîtrise, la puissance n’est rien »

Tu as beau être le plus fort du monde, tu as beau serrer des crougnes, si tu as peur … tu n’irais pas loin ! En tout cas, pas dans des bonnes conditions. C’est-à-dire que tu vas être peut-être en cata et tu vas arriver à passer en force. Mais ce n’est pas ça que tu as envie de faire : toi tu as envie de bien grimper, de te faire plaisir avec des beaux mouv’, des mouvements amples, fluides et puis d’être détendu, d’être focus dans l’action et en même temps de profiter de ta journée, ne pas être dans le stress, etc. Voilà. Donc ça, c’est le mental et c’est primordial. Et ça rime !

PILIER #6 (LE PLUS IMPORTANT) : LE PLAISIR !

Et 6ème pilier c’est le plaisir, mais ça je n’en parle pas. Plaisir et progression, pour moi c’est le principal ! Sans plaisir il n’y a pas d’escalade.

 

PILIER #5 DE LA PROGRESSION : LE MENTAL !

On a tous ce problème de peur à un moment donné, même les plus grands ! C’est normal parce que c’est instinctif. On n’est pas fait pour marcher à la verticale, on est fait pour marcher à l’horizontale  !
Pour pallier au problème de peur, on se voit toujours donner les mêmes solutions.

1. Solution 1 – Le vaccin  ou l’école de vol !

Bien souvent une seule solution est donné qui est… attention… L’école de vol ! (Waouuh). Tu prends l’école, et tu prends le vol. Deux choses que tu n’as pas envie de faire. L’horreur ! L’horreur totale.

Si tu me connais, tu sais que ça, ça m’énerve mais alors au plus haut point (peut-être encore plus que les chaussons). J’ai d’ailleurs déjà fait un coup de gueule. Le principe, si tu ne le connais pas, c’est simple tu vas sur un mur avec une corde et puis tu t’enchaines des vols. Tu grimpes et puis à un moment donné tu te jettes ! Et puis tu te jettes de plus en plus haut, le but c’est d’avoir de plus en plus peur comme si le fait d’avoir très, très, très peur ça faisait qu’après les petites peurs tu vois tu ne les ressens plus. C’est le vaccin, tu te fais vacciner et tu n’as plus peur. Mais ça ne marche pas ! Enfin en tout cas… attention ça peut marcher mais dans 90% des cas, ça ne marche pas parce que souvent c’est mal fait ! Et ça peut même engendrer un traumatisme. C’est-à-dire que tu peux avoir tellement peur de l’école de vol que ça devient le spectre de l’école de vol devient quelque chose qui te fait encore plus peur que le vol en lui-même.

Donc, oublie l’école de vol. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire de vol. Tu vas voir je vais te le dire juste après. Au contraire ! Il faut en faire mais de la bonne manière.

 

2. Les conseils de Gautier SUPPER

J’ai interviewé il y a quelques semaines notre ami Gautier SUPPER, notre champion national, qui m’a donné plein de conseils. Gautier SUPPER partage pendant ces deux minutes trois conseils qui sont extrêmement intéressants… Évidemment c’est Gautier SUPPER c’est un des meilleurs mondiaux, c’est notre meilleur en France ! Quand il parle, tu t’assois t’écoutes quoi. Donc qu’est-ce qu’il dit ?

CONSEIL #1 : Améliorer ta concentration

Il faut améliorer ta concentration, alors qu’est-ce que ça veut dire ? En fait, là on va entrer un peu dans la technique, la peur c’est quoi ? La peur c’est un défaut d’attention, c’est pas moi qui le dit c’est Arnaud Ilgner celui qui a écrit le bouquin qui s’appelle la voie des guerriers du rocher. Pendant 20/25 ans, il a travailler sur la problématique du mental en escalade. Il explique que c’est un défaut d’attention, c’est-à-dire que quand on a peur, c’est que notre cerveau est en train d’écouter des informations, de donner de l’importance à des informations qui nous arrivent et qu’on devrait ignorer. C’est-à-dire que si on était bien concentré dans l’action, si on était à réfléchir à cette prise qu’on est en train de serrer, à ce pied sur lequel on est en train de pousser et à la prise de main qu’on est en train d’aller chercher ; on ne pourrait pas recevoir l’information qui dit « j’ai peur, j’ai peur, je vais tomber, le point il est en dessous de moi à 1m50, j’ai peur ».

La peur est donc un défaut d’attention ! Pour pallier à ce défaut d’attention, la solution numéro 1 s’est améliorer ta concentration. C’est ce que nous dit Gautier !

Par défaut quand tu es en train de « grimper » tu vas occuper ton cerveau à 60% ou 70% mais il reste 30% qui est là  … , qui n’a rien à faire … , qui regarde autour …  et qui dit « oh p…..  je vais tomber, j’ai peur ». Parce qu’il n’a que ça à faire : il prend l’information qui vient juste après celle de « je suis en train de grimper » et c’est bien souvent la peur ! Donc si on donne à ces 30% de cerveau restant quelque chose à faire du style chanter, siffloter, fredonner … on ne donne plus la chance à ces peurs de rentrer !

CONSEIL #2 : Trouve un bon assureur

  • « Avoir confiance en son assureur ». C’est primordial, j’ai partagé à plusieurs reprises une petite image que j’avais trouvé sur internet sur laquelle on voit un grimpeur qui grimpe, et on voit celui d’en dessous qui dit  « va s’y à gauche, va s’y à droite, met ton pied-là, met ta main… » et il le saoule et l’autre en haut qui lui dit « mais ferme ta gueule ! ». C’est juste rigolo parce qu’en fait souvent  on dit  : Assure comme tu aimerais être assuré ! Moi je dis c’est faux : il faut assurer comme l’autre a envie d’être assuré. Parce qu’au final, on est tous différents. On a tous notre façon d’être, on a tous nos envies, nos besoins ! Quand je grimpe j’aime bien être dans le calme, parfois j’ai envie qu’on me donne des conseils, et puis parfois non.Donc à un moment donné c’est à l’assureur de s’adapter au grimpeur ; et pas l’inverse. Quand on se retrouve avec des gens qu’on ne connait pas en qui on n’a pas 100% confiance… eh bien ça clairement c’est une faille, c’est une fissure dans laquelle les peurs rentrent instantanément dans le cerveau.
  • Alors pour faire ça il y a plein de techniques là aussi, mais il y en a une qui est bête comme chou c’est de parler, c’est de communiquer. C’est-à-dire qu’à un moment donné il faut avoir le courage de parler à son assureur ou son coéquipier et de lui dire les choses en face. Voilà. Il ne faut pas… on n’est pas là pour se mentir, on est là pour se faire plaisir en faisant un loisir, une passion en commun. À un moment donné, ce n’est pas la peine de dire « tu m’assures super bien merci » alors qu’en fait dans les faits tu as trop peur.Et on en revient à une vidéo que j’avais mise en ligne il y a… je ne sais pas il y a deux mois avant de partir au Pérou, où je disais « un des secrets du bon grimpeur c’est de bien communiquer ». Et il faut arrêter avec ce truc quand on est en salle où on n’ose pas se parler les uns des autres. On voit quelqu’un à côté qui est en train d’assurer n’importe comment, on n’ose pas aller lui dire parce qu’on a peur qu’il nous engueule.

CONSEIL #3 : Chuter régulièrement

Donc Gautier le dit, et moi je te le redis … pas de vol de 15 mètres parce que ça ne sert à rien ! Par contre, faire des petits vols souvent. Ah c’est excellent ! Faire beaucoup de petits vols. Moi ce que je conseille, c’est chaque voie !

A chaque fois quand tu arrives au relai, donc par exemple tu es en salle, en plus souvent les relais ils sont relou à clipper, ben tu ne vas pas le clipper,  tu le touches et si le point suivant (enfin le point d’en dessous est un peu trop loin et si tu as un peu peur) tu redescends jusqu’au dernier point de la voie et tu te mets au niveau du point. Pas besoin de te mettre en dessus même, tu te mets même en dessous si tu veux pour démarrer. Et là, tu te laisses tomber. Ça va être un vol pourri, tu vas faire 20 centimètres de chute en moulinette si t’es sous le point. Mais ce n’est pas grave ! Parce que le mental c’est comme un muscle et tu vas le muscler, tu vas le renforcer ainsi. Donc si tu dois faire de la musculation, c’est le muscle du mental que tu dois travailler.

Le conseil du soir : Chute ! Une fois par séance. Une fois par séance tu te dis « je me fais un petit vol », même au niveau du point ce n’est pas grave. C’est le principe de se lâcher, le principe de se laisser tomber, le principe de ressentir le vol, ressentir le fait de tomber. Les viscères qui remontent… Voilà ! c’est très important et ça va t’apporter beaucoup.

CONSEIL #4 : Check ton matos !

Check ton matos parce qu’une des failles par laquelle la peur rentre dans ton cerveau c’est le manque de confiance en ton matériel.

  • Le double check  : Avant de partir quand tu es encordé, tu mets ton baudrier, tu le serres, tu mets ton nœud de huit tu le serres, et puis ton coéquipier il met la corde dans le descendeur, dans l’assureur, dans le système d’assurage et puis voilà. Il ferme son baudrier etc. Il mousquetonne, il ferme le mousqueton. Tout ça il faut le double checker. Ça veut dire quoi 
    • Ça veut dire que toi tu fais tes vérifications sur toi, lui il fait les vérifications sur lui. Et ensuite inversement, tu vérifies ce qu’il a fait, tu checkes il vérifie ce que tu as fait, il checke ! Si c’est son nœud, tu tires dessus ! Et lui pareil, il va checker ton mousqueton, il va appuyer dessus, il va voir si c’est bien fermé. Ça prend… 6 secondes ! 7 secondes. C’est fait ! Tac Double check.
    • Ça veut dire qu’une fois que tu es parti dans la voie, ton cerveau ne peut plus te dire « oh p….  j’ai peur parce que là je ne suis pas sûr que l’autre avant il a bien fermé son mousqueton. Ah ! son nœud je n’ai pas vérifié, si jamais il tombe est-ce qu’il ne va pas tomber par terre quoi ». Non ! Tu n’as pas ces peurs !
  • Check matos pendant la grimpe. Ça, ça veut dire quoi ? Alors c’est une technique que je donne aussi dans la formation « j’ai plus peur » et je te la donne, c’est le post-it à chaque clip. T’es en train de grimper OK ? T’arrives au niveau du point, voilà tu as le point qui est là et là tu mets ta dégaine dedans et tu viens mettre la corde dans la dégaine, OK ? Donc t’as clippé (je parle quand tu es en tête). L’idée c’est de prendre deux secondes de plus, ou une demie seconde de plus pour dire, OK. Là moi sur ce point, je vais mettre un post-it marqué bêton. C’est-à-dire que j’ai checké le point, il ne bouge pas. J’ai checké la dégaine, elle ne bouge pas, je l’ai mise dans le bon sens par rapport à où je vais. J’ai mise la corde dedans, je l’ai bien mise, tout va bien. Donc c’est bon. Là je mets un post-it dessus : clac c’est bétons.
    Maintenant, je vais passer au-dessus je peux l’oublier totalement et je pars. Et à aucun moment je peux avoir le doute et me dire « p…  j’ai bien clippé ? P…. , mais le point il n’était pas pourri ? Parce que si je me plante là… le point il va tenir ? ». Le but est d’éviter les pensées négatives !

 

Voilà ! Donc ça ne parait rien, je te le dis en deux secondes mais si déjà t’arrives à appliquer ces 4 conseils-là, déjà tu vas grandement t’améliorer dans ton mental. Et le mental c’est un des cinq piliers primordiaux pour ta progression en escalade. Donc, ça devrait déjà te faire progresser !

Si tu veux aller plus loin, il y a la formation « J’ai plus peur »,  je te remets le lien, je t’en ai parlé à plusieurs reprises.

Bonne grimpe et à très vite !
Ciao !

Fabien 😉