“J’approche. J’ai enchainé le bas, il ne me manque plus que les 5 mouv’ du crux et c’est fini.
Mes jambes tremblent.
Allez respire, calme toi…”

Cet article a été écrit par la charmante Leslie Gegout du blog Les Six Fils Verts. Leslie est une grimpeuse “inter” qui cherche des méthodes pour progresser et passer le cap du 7a.
Elle avait entendu parler de la “visualisation, sorte de concentration pendant laquelle tu t’imagines en train de grimper ta voie”, mais elle était sceptique. Jusqu’à ce qu’elle essaye !
Elle partage avec nous la façon dont la visualisation lui a permis de vaincre le stress de l’enchainement… comment quelques petites minutes de calme lui ont permis de passer au travers de la tempête… et d’enchainer son projet !


Un dimanche de mai. Orpierre, 05, France.

Ce dimanche-là, je l’aurai mon premier 7. Et il s’appellera « Je t’aime moi non plus ».

Leslie-grimpe-enchaine-voie-sans-stress-grace-a-visualisation

J’approche. J’ai enchainé le bas, il ne me manque plus que les 5 mouv’ du crux et c’est fini.
Mes jambes tremblent.
Allez respire, calme toi.

Mon itinéraire pédestre est tracé dans une forêt de marques de magnésie que j’ai lâchement laissées sur la voie, pour pallier mon terrible manque de mémoire. Tu n’as rien laissé au hasard, tu vas y arriver.
Petite section facile en léger devers avant d’atteindre le repos juste avant le crux. J’ai dû le travailler une bonne quinzaine de fois.
J’avance sans ma fluidité habituelle mais j’avance.
Clip.
Je suis à 2 mouv’ de la prise de repos pré-crux.
Mais arrête de trembler ! Respire…

Ce dimanche-là, je n’atteindrai jamais le repos pré-crux.
J’ai amèrement hurlé « sec !… j’en peux plus… », les larmes aux yeux, les bras en béton, prise au piège d’une position épuisante dans laquelle je ne m’étais jamais retrouvée, dans une section pourtant facile.
Comment j’ai pu manquer ça…? J’ai jamais eu de problème ici et j’avais TOUT marqué ! Et je tombe LA, dans une section sans piège que j’ai dû faire 15 fois auparavant…

Ce dimanche-là, je n’aurai pas l’enchaînement de mon premier 7… Je ne savourerai ni les félicitations de ma climbing family présente au quasi complet, ni le trophée pizza-bière, ni le goût de la justice des heures de travail de la voie que j’étais pourtant sûre de m’offrir.
Ce dimanche-là, j’y croyais à 200% et je n’avais rien laissé au hasard.
Ce dimanche-là, j’étais furieuse contre le manque de chance qui m’avait fait tomber dans une section facile.

Mais c’est aujourd’hui, bien plus tard, que je me rends compte que l’enchaînement de mon premier 7, ce dimanche-là, aurait tenu du miracle.

Je suis atteinte d’un syndrome bien désagréable : celui de la “Panique Enchaînementale”.

J’ai démarré la première section déversante déjà tétanisée par l’enjeu. Je l’ai passée en consommant 2 fois plus d’énergie que nécessaire. J’ai récupéré quelques forces physiques au premier repos mais pas mon capital mental. J’ai continué à grimper la section verticale, dépassée par l’enjeu qui avait alors complètement recouvert ma concentration.
Et j’ai osé me demander pourquoi j’avais amèrement hurlé « sec !… j’en peux plus… », les larmes aux yeux, emmêlée dans mes pieds marqués.
C’est maintenant évident : ce dimanche-là, le stress de l’enchainement avait épuisé toute mon énergie. Comme dans la plupart de mes projets suivants d’ailleurs.

Leslie-grimpe-enchaine-voie-sans-stress-grace-a-visualisation

Mon premier 7a

Depuis, j’ai enchaîné un peu par hasard mon premier 7 : un 7a de mon style, plutôt facile, à l’autre bout du monde. Sans les félicitations de ma climbing family qui est bien loin, sans trophée pizza-bière, et sans le goût fier de la justice des heures de travail de la voie puisque je l’ai eu au 2ème essai.
J’ai un peu par hasard abattu une sacrée barrière, inutile, énergivore mais bien réelle : Je n’ai plus à prouver que je peux enchaîner un 7.

Aujourd’hui, je suis en bas d’un 7a+, un vrai, après 3 jours de travail acharné et bien difficile.
Mon partenaire vient de me descendre en plein travail du 2ème crux, quand il a compris que ma négativité et mon sentiment d’échec faisaient plus descendre mon estime que me monter dans la voie.

Je suis en bas de la voie, en n’ayant qu’une ébauche de solution pour le 2ème crux et pas eu le temps de revoir le premier, enchainé rapidement la veille.

« Bon tu fais quoi ? Tu retravailles point par point ? »
Je grogne un « Non, j’enchaine », mélangée entre restes négatifs et rage de vaincre.

grimpeur-noue-ses-chausson-d-escalade-lasportiva-testarossa-corde-bleue

Alors que je remets méticuleusement mes chaussons, j’ai le goût d’amertume de « Je t’aime moi non plus » qui s’impose en tant que dernière voie travaillée. Je sais que mon fidèle syndrome de “Panique Enchaînementale” m’attend au tournant et que je peux me laisser complètement dépasser par l’enjeu de l’enchainement.
Mais aujourd’hui quelque chose est différent : j’en suis consciente. Et je sais que je grimpe à mon meilleur niveau quand je suis concentrée et fluide.

Alors pour une fois, je ne vais pas partir tête baissée dans la voie. Je ne vais pas me laisser tétaniser par le stress dès les premiers mouv. Je ne vais pas compter uniquement sur ma volonté pour éviter de me perdre dans la forêt de marques blanches…
Pour une fois et malgré l’agitation, la chaleur et le bruit environnant, je prends le temps de m’assoir 5 minutes au pied de la voie. Je m’imagine en train de la grimper. Chaque mouvement. Ample, lent, calme et esthétique, comme j’aime.
Je me regarde grimper depuis le bas, posant précisément le pied sur le graton, clipper. A travers mes yeux fermés, je vois ma main droite croiser parfaitement dans le haut de la fissure. J’accompagne mon basculement de corps sur la gauche par une respiration relaxante. Je sens mes muscles dorsaux s’étirer pour aller chercher le tri en oblique. J’imagine sa non-franchise mais j’accepte par avance sa rondeur suffisante pour bouger mes pieds.

J’ouvre les yeux et je sais que je vais faire exactement ce que je viens de visualiser pendant les 5 minutes de concentration que je me suis imposée.
Sans un mot, avec une précision et une fluidité parfaite, j’enchaîne le bas. J’arrive au crux, déterminée, sans une ombre de stress.
Je passe le premier crux non sans mal mais sans jamais me mettre aucune pression.
J’apprécie chaque mouv’ de la section facile qui me sépare du 2ème crux.
Je n’ai qu’une ébauche de méthode pour le 2ème et je profite du repos pour me trouver une séquence à laquelle me tenir. Je connais les prises et j’imagine tout ce qui suit : les mouvements, la position de mon corps dans l’espace, ma respiration, ma rage de vaincre, le grain des prises, la douleur que j’accepte par avance, le « Allez, c’est 4 mouv’ ! » que me criera mon partenaire au bon moment, mon poids sur chaque pied, la montée d’adrénaline euphorisante du bac de fin dans ma main gauche. J’imagine tout, les yeux fermés, en murmurant la séquence. 5 fois.
Et quand je repars, c’est exactement ce que je fais.
Malgré les 3 jours de travail infructueux, je suis passée au travers de ce crux en me demandant presque où était le problème.

Je l’ai eu ce magnifique 7a+. Parce que pour une fois, j’ai pris le temps de troquer mon fidèle syndrome de Panique Enchainementale contre une parfaite concentration.
Merci le Remède Visualisation… je n’espère qu’une chose maintenant: c’est que tu ne sois pas qu’à effet unique !

Leslie Gegout
Les Six Fils Verts

Maitrise la Visualisation en suivant la Formation [J’AI PLUS PEUR !]: La première formation pas-à-pas pour en finir avec la Peur de la Chute, Libérer ton Potentiel et Passer un Cap dans ta Grimpe !