Dans cette vidéo tournée en direct au relais après avoir grimpé une voie en 7a+, je reviens sur la façon dont ma partenaire de grimpe et moi avons procédé pour réussir !

Ma technique pour travailler un projet et enchainer une voie d’escalade

Voici les techniques et méthodes que nous avons mises en place pour réussir à enchainer ce projet:

1/ Avoir confiance

Avoir confiance en son matériel et en son partenaire est la base de l’escalade. Si tu n’es pas serein sur ces points là ce n’est même pas la peine d’essayer de l’être sur le reste (confiance dans les pieds, dans les doigts, peur de la chute, etc.).

Passe en revue ton matos et anticipe tes besoins

Combien de dégaines ? Combien de mousquetons ? Quelle manip je vais faire au relais ? Comment je mets en place une réchappe si besoin ? Est-ce que je vais descendre en rappel ? Est-ce que j’ai un machard ? Est-ce que la corde n’est pas vrillée ou avec des noeuds dans le sac à corde ? etc.

Ces questions et vérifications ne prennent que quelques secondes et sont essentielles pour réunir les bonnes conditions nécessaires à ton enchainement. N’avoir aucun doute sur ces points c’est s’assurer de pouvoir se concentrer sur autre chose pendant la grimpe !

Discuter avec son partenaire

Qui part en premier ? (parfois ça se décide à chifoumi !) Combien de temps on se donne ? A quelle distance de la paroi on va se placer ? Est-ce que le pied de la voie est dégagé ? Où est-ce qu’on met la corde ? Comment on va parer sous le premier point ? Comment on va assurer en fonction des reliefs de la voie (dalle, vire, dévers, etc.) ? etc.

Je prends l’habitude de ne laisser aucune zone d’ombre, afin d’éviter de donner la chance à mon cerveau de s’inventer de nouvelles peurs ! 😉

2/ La lecture – la visualisation

Visualiser la voie est primordial. Je prends le temps de la lire, de repérer les sections, les prises, les repos, etc. Le but est de me faire une première idée de comment je pense grimper la voie et de me projeter, de m’imaginer en train de l’escalader.
Je peux faire ça depuis le sol ou depuis la voie d’à-côté. Pendant les marches d’approche, le soir autour de la bière, sous la douche, dans le lit…. je me projette et je me visualise en train de grimper !
Perso quand je m’imagine en train de grimper il m’arrive d’avoir les mains moites et le coeur qui s’accélère, comme si j’y étais vraiment !
Etre capable de « réciter” la voie est un bon indicateur pour savoir si tu es prêt pour l’enchainement.

3/ Grimper en moulinette

Cela permet d’essayer plusieurs fois tous les mouvements qui posent problème et d’essayer des méthodes parfois farfelues. Il faut tâcher de ne pas sauter de mouv sans faire exprès (ce qui arrive facilement quand on est en moulinette quand on ne redescend pas assez après avoir fait un arrêt), en demandant à l’assureur, après s’être arrêté, de nous redescendre de 30cm pour repartir dans la position précédente.

4/ La technique « point-à-point”

Cela consiste à s’arrêter à chaque dégaine et à demander à son assureur de nous prendre sec. Même quand on se sent bien et qu’on pourrait continuer. Le but étant de ne pas se fatiguer physiquement mais de faire chaque mouvement en “conditions réelles ». Là aussi, après s’être arrêté, il faut demander à l’assureur de nous redescendre de 30cm pour repartir dans la position précédente.

5/ Contrôler ses pensées

Il faut absolument chasser les pensées négatives :

« et m… elle n’est pas du tout aussi bonne que ce que je pensais cette prise »

« je suis déjà fatigué je ne vais jamais arriver jusqu’en haut”

et les croyances limitantes :

« je ne vais pas y arriver, c’est trop dur pour moi »

Pour ce faire, j’applique cette technique : contrôler son dialogue interne.
Le but est de forcer son esprit à être dans l’action, d’empêcher son cerveau d’aller là où on ne veut pas qu’il aille (vers les pensées négatives). Le moyen c’est de l’occuper avec les pensées de notre choix. Ca parait bête mais ça marche !
Tout au long de ma grimpe je suis concentré à 100% sur ce que je fais, et je commente chacun de mes gestes:

« je vais chercher ce bi-doigt. OK”
« maintenant je monte le pied sur cette petite prise. Elle n’est pas bonne mais je sais que ça tient. Allez, je charge. OK”
« maintenant je vais chercher la verticale main droite. Voilà. Je suis bien. Allez Fabien tu vas réussir.”

etc.
C’est ce que Lilian appelle « penser précisément” dans sa méthode contre la peur.
Ainsi le cerveau n’a pas le loisir de faire jaillir des pensées négatives, et on reste concentré !

voie-projet-7a-methode-travail

Le départ de notre projet 7a+ : légèrement dévers avec des grands mouvs sur bonnes prises… du caviar ! 😉

Comment j’ai réussi à escalader une voie « impossible »: étape par étape

JOUR 1 – En moulinette !

Après une voie de chauffe en 5, j’ai grimpé la 6a+ d’à côté et je suis allé poser la corde dans le relais du 7a+. En descendant j’ai pu ainsi jeter un premier coup d’oeil dans la voie et repérer les différentes sections. J’ai aussi pu repérer quelques prises.
Mon premier essai s’est fait en moulinette. J’ai enchainé la première section sans trop de difficultés, ainsi que la section facile et le crux final. Dans la dalle en revanche j’ai eu beaucoup de mal à trouver ma méthode. Les conseils de ma partenaire ne m’aidait pas car elle est beaucoup plus petite. J’ai essayé un million de séquences différentes et je me suis crevé. J’ai pensé « c’est impossible, je n’y arriverai jamais ! ».
Le soir, nous avons rediscuté de nos méthodes. On a passé en revue toutes les prises et toutes les séquences possibles pour chacun d’entre nous, en échangeant nos idées.

JOUR 2 – Je pose les dégaines !

Le deuxième jour je suis allé poser les dégaines.
Avant de partir j’ai visualisé à nouveau toute la voie. Je me suis imaginé en train de la grimper. Je l’ai « récitée » à ma partenaire. C’est une phase qui me permet de me concentrer et aussi de me rassurer car je sais ce que je vais faire. Ensuite j’ai grimpé en tête mais sans viser l’enchainement: j’ai fait du point-à-point (voir plus haut).
J’ai dû batailler dans la section dalle mais j’ai trouvé ma méthode en essayant les idées que j’avais eu la veille au soir après mon premier essai. J’ai réussi à grimper tous les autres mouvements du premier coup, jusqu’en haut.
En étant capable d’aller clipper le relais, je me suis prouvé que je pouvais faire chaque mouvement de la voie, indépendamment.
Le dernier challenge consistait donc uniquement à les enchainer ! 😉
En redescendant j’ai partagé avec mon assureur mes impressions, mes idées, ce qui m’a semblé différent de ce que j’avais en tête, la méthode que j’ai trouvée, etc. J’ai tendance à oublier rapidement toutes ces petites infos alors les partager est important !

JOUR 3 – J’enchaine !

En fait, ce qui me faisait le plus peur c’était la pression ! La pression de l’enchainement !
Je savais que je pouvais tout faire, je savais que je n’avais plus d’excuses… et je savais que si je ne l’enchainais pas ce jour là je n’aurais probablement pas d’autre essais car nous devions continuer notre voyage.
Pour éviter de laisser monter la pression, j’ai pris 5 minutes avant de partir pour respirer et faire le vide, au calme, sans parler. Ensuite je me suis récité la voie une dernière fois entièrement.
Une fois dans la voie, j’ai appliqué la méthode du « dialogue interne » (voir plus haut)
Cela marche bien pour moi, du moment que j’arrive à rentrer dans cet état de concentration. Mais la peur et les autres pensées néfastes reviennent taper régulièrement à la porte de mon cerveau et il suffit que je lui laisse une demi-seconde de répit pour qu’il leur ouvre la porte !
C’est ce qui m’est arrivé au deuxième crux de la voie. Je n’arrêtais pas de me dire

« je suis crevé, je ne vais pas y arriver, je vais tomber ici, c’est trop dommage, j’avais pourtant fait le plus dur…”

Heureusement j’ai réussi à me reprendre, à repartir dans un dialogue interne positif. Je me suis récité le reste de la voie, les 4 mouvs du crux puis le bac de sortie puis les quelques mouvements faciles ensuite. Je me suis imaginé en train de ressentir la joie d’avoir réussi. Ca m’a donné le sourire. Et dans un élan d’optimisme je me suis dit

“allez Fab, tu arraches ces prises et tu fais une belle vidéo pour le blog au relais !”.

Ca m’a fait rire et je suis parti, plus déterminé que jamais. Et surtout: dans l’action: je me récitais la voie et cette fois j’appliquais physiquement ce que je disais.

Résultat: j’ai passé le crux et sauté sur le bac final sans même m’en rendre compte ! J’étais à nouveau hyper concentré et ça a payé.

Mais je n’aurais pas dû relâcher l’attention, même dans le moment de repos… il faut que je continue à m’entrainer ! 😉

On est très loin de l’escalade « à vue » !

Clairement, travailler un projet va à l’encontre de la « grimpe à vue ». On repère les prises, on pose les dégaines, on s’arrête, on met plusieurs essais dans chaque section, etc. On est très loin de la beauté d’un enchainement « à vue » dans lequel on s’adapte et on improvise en découvrant la voie au fur et à mesure qu’on la gravit. Les facteurs « peur » et « mental » n’entrent pas en jeu de la même manière non plus.
Mais travailler un projet est néanmoins un très bon moyen de faire monter son niveau max en « soulevant son plafond de verre ». Nous sommes souvent limités par notre mental… « 6c ?! mais tu plaisantes je n’y arrive même pas dans les 6b »… et pourtant travailler des mouvs de 6c est un bon moyen pour se prouver qu’on peut le faire, prendre confiance et ainsi grimper plus à l’aise dans les 6b !
En réussissant un 7a+ je me prouve que je suis capable de faire ce type de mouvements, et je suis donc plus à l’aise quand je grimpe un 7a car je sais que normalement ça sera plus facile.
Aussi, toutes ces techniques que j’applique dans ce projet me seront aussi utiles – et même indispensables – dans mes prochaines voies à vue ! 😃

Fabien

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