EDIT: Depuis la parution de cette article, nous avons reçu de nouvelles informations … à lire APRES l'article si tu veux y comprendre quelque chose 😉

  • Green Climber Home (responsable de l'équipement du site) a partagé une vidéo qui démontre la solidité des relais du site de Thakhek, tournée en 2015.

Safety check at Green Climbers Home from Jutype on Vimeo.

Ils ont aussi apporté des réponses (voir la version originale en anglais dans les commentaires en dessous de l'article) :

“Les maillons rapides utilisés sont normés et même s'ils paraissent rouillés, ils ne le sont jamais jusqu'au coeur. Nous les changeons quand ils n'ont plus l'air bon.”
* “Bien sûr c'est une solution facile et bon marché. Envoyer du matériel au Laos coûte cher. Mais c'est une meilleure solution que d'autres qui peuvent être vues en Thailande ou en Europe.”
“Le problème de mettre un maillon rapide sur chaque point et de ne pas les relier est que celui qui effectue la manip pour installer une moulinette n'est vaché que sur un seul point.”
-> NOTE: c'est uniquement vrai dans le cas où le grimpeur vient de récupérer les dégaines (c'est à dire dans le cas où il vient de grimper en moulinette sur deux mousquetons et souhaite maintenant les récupérer). Si les dégaines dans la voie sont toujours présentes, il est vaché sur un seul des deux points du relais le temps de la manip, mais il est toujours assuré par son assureur au travers des dégaines. Ce problème est aussi évité si le grimpeur a une vache double.

  • FFME: “Non nous n’avons pas testé ce dispositif car bien évidemment les relais recommandés par la FFME sont d’une autre nature, ainsi que les matériaux utilisés. Nous avons eu connaissance des graves problèmes de corrosions fissurantes en milieu tropical, il est plutôt nécessaire de garantir le matériel en place, en Thaïlande comme ailleurs en bord de mer. Il peut y avoir une oxydation par mélange de métaux, éventuellement. Bien évidemment nous recommandons dans nos normes qu’un relais en site sportif soit constitué de deux points reliés par un chaîne qui  doit être conforme à la norme. Dans un relais en terrain d’aventure, tout est possible et le grimpeur doit bien avoir conscience des risques qu’il prend et avoir la capacité d’analyse nécessaire à l’escalade dans ce genre de terrain.”
  • PETZL: “D’après les photos de l'article, le fait de relier les deux ancrages par une corde parait acceptable. La corde pourrait être plus tendue que celle montrée sur la photo mais ce montage est courant. En revanche, il est important de vérifier le matériel : corrosion des parties métalliques, état de la corde et décoloration par le soleil… C’est difficile de donner une idée de perte de résistance d’un produit textile sans faire un test destructif de la corde. L’inspection reste donc visuelle. Comme pour tous les EPI (Équipement de Protection Individuelle), notre recommandation est de rebuter le produit ou le remplacer en cas de doute. En ce qui concerne le nœud, un pêcheur double suffit !”
  • BEAL: “Ce sont les relais qu'on trouve très fréquemment en montagne. Ce n'est pas idéal, mais si la cordelette est changée régulièrement, c'est tout à fait correct !”
  • ENSA Chamonix, Laboratoire d'essais des matériels de montagne:  “Le problème du textile est qu'il vieillit mal. Tant que la corde est neuve elle reste très dynamique et absorbe les chocs mais dès qu'elle a pris le soleil, l'humidité elle perd ses propriétés élastiques.”

CONCLUSIONS: 

Après ces récentes expériences:

  • Une journée en falaise avec des équipeurs,
  • Le décès de mon ami à cause de la roche qui casse (pas le spit),
  • Le voyage et la confrontation avec un relais “pas safe” selon moi, “parfait” pour d'autres,
  • La prise de conscience de la différence de vision entre un grimpeur expérimenté Vs débutant ET entre un grimpeur de falaise Vs de salle,
  • Les réponses de la FFME, PETZL, l'ENSA et BEAL,
  • Des discussions avec une dizaine de personnes ayant de l'expérience dans l'équipement de voies d'escalade,
  • Le recueil d'environ une centaine d'avis de grimpeurs Français et Américains via Facebook.

Voici les conclusions que j'ai tirées:

Les avis divergent grandement et j'ai ainsi réalisé que, étonnamment, la sécurité et la prévention des risques en escalade était un vaste débat.

Les grimpeurs les plus expérimentés sont les plus à même d'avoir des comportements à risque mais ils sont aussi les mieux préparés pour savoir quoi faire face à une situation “différente”.

S'il y a une règle à retenir en escalade sur site naturel et même si c'est difficilement acceptable dans nos sociétés où le risque ne “doit” plus exister, c'est qu'il y a justement toujours un risque et qu'il faut tout le temps rester vigilant, même sur un site récent, conventionné. On est dans la nature et pas dans une salle. Si je reprends les propos de grimpeurs d'expérience:

“L'escalade est une activité à risque et on ne peut pas gommer tous ces risques même avec toutes les normes du monde”

La preuve avec la découverte récente des problèmes liés à la corrosion sous contrainte de l'inox alors qu'il y a encore quelques années, c'était désigné comme la matière idéale pour tous les équipements.

  • Il y a donc LA NORME, avec le schéma type de l'équipement robuste et durable à la française ; schéma qui évolue en fonction des expérimentations sur le terrain et de l'avancée des connaissances.
  • Et à côté de cela, il y a LA REALITE des falaises avec des équipements qui datent mais qui sont sans doute encore solides malgré leurs aspects effrayants, et des équipements à l'aspect normal qui sont pourtant fragiles.

Il convient donc d'avoir toujours à l'esprit que rien n'est complétement béton et qu'il est recommandé de tester les points d'ancrage (en tirant fort dessus de tout son poids, …) avant chaque manipulation (moulinette, réchappe, rappel, …).

Enfin rappelons-nous de cette vérité:

“Chacun est responsable de sa sécurité et doit vérifier si les conditions sont remplies pour l'assurer”

Ne faisons jamais quelque chose “parce que tout le monde le fait” ou parce que “quelqu'un est déjà passé avant moi”. S'il nous arrive quelque chose nous en serons les seuls responsables (pas même l'équipeur). Aussi, pour pouvoir jauger le risque et prendre une décision en connaissance de cause, il est important de se former auprès d'un professionnel ou d'un club.

Ma conclusion:

1/ Je recommande toujours d'aller grimper à Thakek, c'est un site absolument génial ! Voici 10 bonnes raisons d'y aller ! 🙂

2/ En ce qui concerne le type de relais, mon choix est de ne pas avoir une confiance aveugle dans un petit maillon rapide rouillé après une ou plusieurs saisons sous les tropiques, ni dans les équipeurs qui sont censés escalader les 300 voies chaque année (je n'y crois pas) et changer les cordes trop vieilles ou les maillons trop rouillés (comment juger ? comment ne pas laisser peser l'intérêt économique).

Donc face au relais de Thakhek (ou équivalent) que je ne considère pas “safe”, je fais des moulinettes sur deux mousquetons à vis et j'applique cette technique de réchappe pour redescendre en récupérant mon matos:

Grimpe - rechappe en rappel

Grimpe - Rechappe

 


L'ARTICLE INITIAL :

Au cours de mon dernier voyage en Asie du Sud-Est, j'ai passé 2 semaines à grimper à Thakhek, au Laos.

J'en avais déjà entendu parlé en 2009, lors de mon précédent voyage, mais à l'époque ce n'était qu'une rumeur dans les forums: “une vallée enchantée avait été découverte par un couple d'Allemands et ils cherchaient du monde pour les aider à équiper”.

6 ans plus tard, la rumeur n'en est plus une ! Quasiment 300 voies, une vallée ensoleillée mais aussi ombragée, du calme des oiseaux des vaches des chèvres, 150 grimpeurs du monde entier, des bungalows et deux restaurants Green Climber Home tout neufs et un rocher calcaire absolument parfait ! Des stalactites, des tufas, un grip à couper le souffle, du vertical, du dévers et du toit… Tout autant de voies dans le 5-6 que dans le 7-8…. Et un potentiel d'ouverture dont personne n'a encore vu les limites !

Thakek est indéniablement le nouveau site majeur d'Asie du Sud-Est. Certains parlent même du remplaçant de l'emblématique Krabi Tonsai, en Thailande !

En plus, et ce n'est rien de le souligner, la vallée est à moins de 15km de la ville de Thakhek, charmante petite bourgade accrochée au bord du Mékong où il fait bon passer les jours de repos, avec un bon massage suivi par une Beerlao au coucher du soleil par exemple 😉 Les locaux sont d'une gentillesse admirable et même si l'offre culinaire est un peu limitée, elle a le mérite d'être vraiment bon marché !

Ca ressemble au Paradis du Grimpeur n'est-ce pas ? Et bien c'est le cas ! Voici 10 raisons pour lesquelles tu devrais y aller dès que tu peux !

Seulement, comme rien n'est parfait dans la vie, il y a quelque chose qui m'a gêné… voilà mon problème: les relais

thakhek-laos-relais-securite-green-climbers-home

Un relais typique à Thakhek, au Laos, le nouveau site majeur d'escalade en Asie du sud-est

Le relais, élément de sécurité primordial

J'ai partagé la photo ci-dessus sur la page Facebook de Grimpe-a-vue et vous avez été plus de 50 à réagir comme moi:

“Est-ce que un relais comme ça c'est safe ? C'est pas sûr… cela dépend de l'état de la corde.”

La quasi-integralité des voies ont été équipées entre 2011 et 2014, par la même équipe et avec cette même méthode: deux plaquettes espacées d'environ 15-20cm, parfois au même niveau horizontal, et reliées par un bout de corde dynamique.

J'ai grimpé dans environ 15 pays différents ces 10 dernières années et je n'ai vu ce type de relais que très rarement. Quand c'était le cas c'était en grande-voie et on ne faisait pas de moulinettes dessus. Il m'est arrivé de laisser du matos (cordelette ou maillon rapide) pour ne prendre aucun risque. C'était exceptionnel.

Ici, c'est toutes les voies. Le site de Thakek est composé de voies d'une seule longueurs uniquement (couennes), à l'exception de quelques grande-voies. Arrivés en haut, les grimpeurs de couennes sont donc censés passer leur corde dans l'unique maillon rapide et redescendre en moulinette. Le second peut aussi grimper en moulinette sur ce même point.

Personnellement j'ai descendu en rappel toutes les voies, pour éviter la moulinette et l'effet poulie qu'elle engendre. C'était une façon de limiter les risques. Mais si le point sur lequel ma corde passait avait cassé je ne sais pas si le bout de corde qui reliait les deux plaquettes aurait tenu. Aux relais où la corde paraissait vraiment trop desséchée, j'ai laissé un maillon rapide dans le deuxième point et suis redescendu en rappel sur les deux points. Mais je n'avais que quelques maillons rapides avec moi, je n'ai donc pas pu le faire à chaque fois. Et laisser un mousqueton est possible (comme sur la photo ci-dessous) mais ça revient vite cher..

Selon moi, ce type de relais n'offre pas un niveau de sécurité suffisant pour les raisons suivantes:

  1. On ne fait travailler qu'un seul point, contrairement à ce type de relais qui permet une triangularisation grâce à deux chainettes, rencontré aux USA,
  2. La redondance n'est pas assurée car on m'a toujours dit de ne pas passer une corde dans une plaquette (arêtes tranchantes): est-ce que la corde qui relie les points tiendra le coup si le point avec le maillon rapide s'arrache ? Comment juger de l'état de la corde ? Quid du vieillissement d'une corde en milieu tropical ?
  3. L'intégralité du relais repose sur la solidité du maillon rapide. Comment être sûr à 100% que l'unique maillon rapide ne va pas lâcher ? Sachant qu'ils sont déjà pas mal usés et que le filetage rouille rapidement. Rappelons que nous sommes en milieu tropical avec une saison des pluies longue de plusieurs mois.
  4. Les points de certains relais ne sont pas assez espacés. Si un des points est arraché la roche va casser et emporter un “cône d'expansion” d'environ 20 cm de diamètre. Si le deuxième point est trop proche il partira aussi (voir l'article sur l'équipement des voies d'escalade).
  5. thakhek-laos-relais-securite-green-climbers-home

    Les deux points sont trop proches l'un de l'autre pour assurer la redondance si la roche casse (et le mousqueton rajouté par un grimpeur est TRES usé)

  6. Ce type de relais introduit un risque supplémentaire:  celui qu'un grimpeur débutant ou étourdi passe sa corde au mauvais endroit. Les cordes bruleraient alors avec le frottement et la chute serait inévitable ! Ils en ont conscience puisqu'ils ont affiché ce panneau au milieu du restaurant :
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Ce type de relais introduit un risque supplémentaire: celui d'une mauvaise utilisation

Ma proposition pour un relais plus sûr

Pourquoi se priver de mettre deux maillons rapides, un dans chaque point ?

Ca coutera peut-être un peu plus cher au départ (et encore c'est pas sûr), mais les maillons n'auront pas besoin d'être changés aussi régulièrement que les cordes. Donc au final ça coûtera moins cher. Et surtout c'est plus sûr.
Ainsi les deux points seraient utilisés, assurant la redondance, et il n'y aurait pas de risque de mauvaise utilisation.

Les réponse du staff de Climber Green House

Je suis allé demander à un des membres de l'équipe. Il donne des cours pour débutants et participe à l'effort de contrôle et de rééquipement. Voici ses réponses:

  • “C'est sûr, car la corde tiendra le coup”
  • “Et puis on les change tous les 1 ou 2 ans…”
  • “C'est moins cher que des chaines qui coûtent 15€ l'unité !”
  • “Oui les maillons rapides rouillent plus vite que des anneaux de métal, mais on les change… tous les 1 ou 2 ans”
  • “De toute façon un seul point au relais suffit maintenant, car les points ne cassent jamais”. “C'est ce qui se fait dans le Frankenjura, en Allemangne, les relais à deux points c'est fini“.

Enfin à ma question: “Pourquoi ne pas avoir mis les deux points l'un au dessus de l'autre et deux maillons rapides, sans les relier ?” (même coût initial et plus sûr à l'usage), je n'ai pas eu de réponse…

Le dernier point me fait grincer des dents !

surtout 1 mois et demi après le décès d'un de mes copains à cause d'un point qui s'est arraché (la roche a cassé) ! Est-ce que ce qu'il dit à propos du Frankenjura est vrai ? Je ne sais pas, je n'y suis jamais allé. Si tu as des infos n'hésite pas à les partager dans les commentaires.

Mon coup de gueule et ma volonté d'en savoir plus

Je suis dérangé par les réponses que j'ai obtenues et aussi le fait que l‘argent soit un critère de choix principal. Cela ne devrait-il pas être la sécurité d'abord ? D'autant plus dans un pays ou l'escalade est un nouveau sport. Ne souhaite-t-on pas montrer le bon exemple aux quelques locaux qui s'initient ?
En outre, l'équipement de ce secteur d'escalade est directement lié à l'exploitation commerciale des bungalows, construits et utilisés par les mêmes personnes. L'argent des grimpeurs qui se logent et se nourrissent au Green Climbers Home tout au long de la saison (95 grimpeurs quand j'y étais) pourrait donc être utilisé, en partie, pour assurer un niveau de sécurité maximum. Pourquoi s'en priver ? Pour faire plus de profit ? C'est surprenant car ce n'est pas l'esprit…

J'ai informé Green Climbers Home de la publication de cet article et je vais tâcher d'obtenir des informations précises sur l'utilisation de cordes dynamiques dans des plaquettes, ainsi que leur vieillissement en paroi. Je compte essayer de contacter l'ENSA, BEAL, CAMP, PETZL, la FFME, l'UIAA.
En fonction des réponses, et si un ré-équipement s'avérait nécessaire au bon développement de ce nouveau site d'escalade (merveilleux, rappelons-le !) je me renseignerai sur la possibilité de créer une campagne de crowd-funding au sein de la communauté des grimpeurs, en accord avec Green Climbers Home évidemment.

Nous éditerons cet article au fur et à mesure des nouvelles information que nous obtiendrons.

Fabien

D'ici là, qu'en penses-tu ? Est-ce que tu partages ma vision ? Est-ce que mes doutes sont justifiés d'après toi ?