SEEEEEEEEC !

Qu’on y pense pas du tout, un peu ou beaucoup… La chute en grimpe, on s’y expose tôt ou tard.

Dans cet article, je ne vais pas aborder l’aspect psychologique du vol ni comment « bien voler ». Je te propose plutôt de comprendre ce qu’est le facteur de chute en escalade.

 

Le facteur de chute en escalade : tout le monde en parle

 

Même si tu grimpes depuis peu de temps, tu as déjà entendu parler du facteur de chute. Cette notion est, en effet, très importante. Elle définit pas mal de choses en escalade. Elle conditionne à la fois le matériel (par exemple, une corde est donnée pour un certain nombre de chutes « facteur 2 ») et les manipulations (« manips ») que nous sommes amenés à faire. Que ce soit en falaise ou en salle.

Cependant, à force d’en parler à tout bout de champ, on oublie parfois que théorie et pratique sont deux choses bien différentes.

Essayons d’y voir plus clair.

 

Facteur de chute en escalade : la théorie

 

Dans des conditions idéales, la chute n’est pas un problème. Si elle est amortie correctement, même un plomb de 10 m peut être tout à fait confortable 🙂. 

En fait, lorsque l’on chute, c’est le choc qu’on anticipe.

Le facteur de chute permet de jauger la force ressentie par le grimpeur lorsqu’il tombe. Il se calcule ainsi :

Facteur de chute = (hauteur de chute)/(longueur de corde déployée)

Si le grimpeur de tête est situé à 15 m du sol (de son assureur) et qu’il chute alors qu’il est à 2 m au-dessus de la dernière dégaine, la chute totale est de 4 m. Le facteur de chute est calculé ainsi :

Facteur de chute = 4/15 soit environ 0,3

Escalade - Le facteur de chute - cas 1

Dans cet exemple, le matériel « amortira » parfaitement la chute. La force de choc ressentie par le grimpeur sera faible.

À l’inverse, dans une grande voie par exemple, si le grimpeur de tête tombe entre le relais et le premier point placé 2 m plus haut :

Facteur de chute = 4/2 soit 2

Escalade - Facteur de chute - Cas 2

Nous sommes dans une situation qu’il faut absolument éviter. D’où l’importance de mettre des points de renvoi en grande voie…

Un cas encore plus extrême : en via-ferrata. On progresse vaché sur des sections de câble qui font quelques mètres avec une longe d’environ 1 m. 

Une chute à 5 m du dernier ancrage du câble conduit à un facteur de chute 5 ! C’est pour cette raison, qu’en via-ferrata, les longes sont munies d’absorbeurs d’énergie.

 

Facteur de chute en escalade : la pratique

 

C’est quand on passe de la théorie à la pratique que les choses se compliquent.

Premièrement, il faut se méfier du « facteur 2 ». Personnellement, même un facteur 1,5 ou 1,7… Ça ne me tente pas trop ! Se situer proche d’un maximum n’est jamais très bon. Il faut être vigilant à ne pas « juste » appliquer la théorie. Le mieux, c’est plutôt d’éviter le « facteur presque 2 » 🙂.

Parfois, le « facteur presque 2 » se cache parfois là où on ne l’attend pas. Les schémas ci-dessus sont pratiques pour comprendre la théorie. Mais bien souvent le risque est présent alors qu’on ne le soupçonne même pas.

Vaché sur un relais par exemple, il y a un risque de facteur presque 2 si tu montes au-dessus du relais (pour essayer de mettre un point de renvoi que tu as oublié de placer par exemple). Ta longe mesure 1 m. Si tu es 90 cm au-dessus et que tu chutes, le facteur est de 1,8. Voilà pourquoi, il faut impérativement que ta longe soit confectionnée avec de la corde dynamique. Il est aussi toujours préférable d’être en tension sur la longe.

Un autre exemple encore plus difficile à anticiper : le tirage. Même si tu ne fais pas de grande-voie, le tirage peut facilement apparaître lorsque tu grimpes.

Imagine que tu sois parti dans une voie trop difficile et que tu décides de rejoindre la ligne d’à côté, plus simple. Ta corde, qui jusque-là suivait une ligne à peu près droite, peut éventuellement partir brusquement sur le côté. Ce « coude » introduit du tirage (le passage de la corde est freiné).

Ce tirage, d’un point de vue mécanique, peut apparaître comme un élément qui « raccourcit » la longueur de corde déployée.

Pour bien visualiser ce phénomène, imagine que ta dernière dégaine a introduit tellement de tirage que tu ne peux plus faire monter la corde. En cas de chute, c’est uniquement la partie de la corde qui est entre toi et cette dégaine qui va amortir la chute… Et le facteur « presque » 2 fait son grand retour !

Il faut donc être très prudent quand on parle facteur de chute. Garde bien en tête que le risque ne se limite pas aux cas « évidents » qu’on retrouve sur tous les schémas de la littérature de grimpe  (dont ceux de cet article, y compris 😉 ).

Lilian

 

As-tu d’autres exemples de situations où se cachent le facteur « presque » 2 ? Les commentaires sont à toi.