Maitriser l’assurage dynamique – ce que tu dois savoir !

« En ce moment, j’emmène souvent grimper deux amis « novices ». Je commence à leur apprendre les manips, mais le plus compliqué est de leur apprendre à dynamiser une chute (en tête). Je ne leur ai pas encore fait faire d’école de vol pour chuter et dynamiser, et leur premier réflexe quand je suis dans le dur et que je commence à zipper est de sécher…  » Clémentine.

Nous avons vu dans des précédents articles l’importance du rôle du « partenaire » en escalade, 20 astuces pour devenir un bon assureur et aussi comment assurer entre le premier et le deuxième point de la voie.
Voyons aujourd’hui comment répondre à Clémentine, une lectrice du blog, et assurer dynamiquement ! Une partie de cet article reprend les conclusions de Adam Scheer, escaladeur et physicien.

L’assurage dynamique: la base !

Les grimpeurs n’ont cesse de chercher à améliorer leurs capacités physiques et leur technique de grimpe, mais souvent ils considèrent l’assurage comme un truc facile et acquis: une fois que tu sais donner du mou, prendre sec et ravaler, c’est bon tu sais assurer. C’est faux.

Nous passons à peu près la moitié de notre vie de grimpeur à assurer, et chacun d’entre nous devrait tâcher d’améliorer ses techniques d’assurage tout au long de sa progression. C’est-à-dire apprendre et pratiquer les petites subtilités qui font la différence entre le « bon et le mauvais assureur ».

Voici quelques notions clefs pour assurer dynamiquement une chute en tête. Garde les en mémoire et pratique-les quand tu vas en salle à corde ou en falaise, et tes qualités d’assureur feront que tu n’auras plus jamais de problème à trouver un partenaire !

escalade-assurage-dynamique-climbing.com

Source : Climbing.com

  • Assurer dynamiquement c’est donner un peu de mou au moment où le grimpeur chute, de façon à ce qu’il ait perdu de la vitesse au moment où il tape la roche. Instinctivement, quand on est débutant, on a tendance à prendre sec, voire même à se jeter en arrière. En pensant bien faire, on diminue la longueur de corde et on impose au grimpeur un retour vers la roche plus rapide et donc un atterrissage plus brutal. C’est bien souvent la cause des blessures aux chevilles ou poignets.
  • Savoir assurer dynamiquement est d’autant plus important si tu es plus lourd que le grimpeur. A l’inverse, si tu es plus léger, la chute du grimpeur te fera décoller et la chute sera automatiquement dynamisée. Si tu es un petit gabarit, cela ne doit pas t’empêcher de lire la suite de l’article 😉
  • Tu dois savoir où est ton grimpeur et ce qu’il pourrait taper s’il chutait. Par exemple, il aura peut-être besoin d’un peu plus de mou s’il est au dessus d’un toit pour pouvoir tomber en dessous et pas sur l’arête, ou au contraire tu devras peut-être le prendre un peu plus sec s’il est au dessus d’une vire ou encore proche du sol.

Dynamiser une chute: décomposition pas-à-pas

  • L’assureur saute au moment où la corde se tend pour retenir le grimpeur qui est en train de chuter. Ainsi pendant un court instant la force que l’assureur exerce sur la corde pour la retenir est moins grande. Cela allonge le temps de chute jusqu’à obtenir un équilibre des forces et l’arrêt du grimpeur est plus progressif. On pourrait faire la comparaison avec une voiture qui roule à vitesse constante et qui s’arrête soit en 10 mètres, soit en 20 mètres. Le « freinage » est plus doux dans le deuxième cas, car il a duré plus longtemps.
  • L’assureur doit être « léger » sur ses pieds et se tenir prêt à être tiré vers la paroi. Il doit garder ses jambes légèrement fléchies pour amortir l’impact.
  • Savoir sauter au bon moment est un savant mélange d’art, de sciences et de pratique ! L’idée c’est de monter au moment où le grimpeur commence à mettre son poids dans la corde. Dans les faits ça va très vite, donc si le grimpeur n’est pas très haut au dessus du dernier point, tu peux prévoir de sauter dès que le grimpeur commence à chuter. En revanche si le grimpeur est très haut au dessus du dernier point (2m ou plus… aaargh!), tu dois attendre une fraction de seconde avant de commencer à sauter.

3 erreurs à éviter

Voici trois erreurs courantes quand on débute dans l’assurage dynamique:

Escalade - Le facteur de chute - cas 1

  1. Donner plus de mou. On voit parfois des assureurs qui laissent trainer la corde devant eux, c’est à dire qui laissent 1 ou 2m de mou au grimpeur. En pensant bien faire l’assureur augmente le facteur de chute et le freinage sera plus violent. Si le grimpeur chute de 3m sur 6m de corde , le facteur de chute est de 0,5. Si l’assureur rajoute 1,5m de corde (chute de 4,5m, 7,5m de corde disponible), le facteur de chute monte à 0,6. La force maximum est augmentée, il sera plus difficile de retenir la chute et le retour du grimpeur sur la paroi sera plus brutal. Il ne faut donner du mou que dans le cas où il y a un obstacle à éviter. Je t’invite à relire cet article pour bien comprendre le facteur de chute.
  2. Sauter avec un mauvais timing. Si l’assureur saute trop tôt, son centre de gravité sera en train de descendre au moment où le grimpeur atteindra sa vitesse maximale et introduira le plus de force dans le système. Etant donné que l’assureur agit comme un contre-poids, s’il est en train de descendre, son poids ajoute aussi de la force dans le système. Il en résulte une force de choc plus grande et on obtient l’effet inverse de l’effet escompté.
  3. Se tenir très loin de la paroi et courir vers le mur. Cela n’adoucira pas la chute si le premier point est haut, c’est la trigonométrie qui le dit ;-). En outre c’est prendre le risque d’heurter quelque chose, de se blesser et/ou de perdre l’équilibre et de lâcher la corde ! Il est parfois difficile d’estimer à quelle distance de la paroi il faut se placer. Nous avons testé différentes distances dans la vidéo au début de l’article, pour une chute d’environ 2 mètres: dans notre cas, mieux vaut se tenir à une distance comprise entre 1m et 2m50 de la paroi. Les grimpeurs de la vidéo font 50 kgs et 80 kgs. ► IMPORTANT: La distance de la paroi à laquelle tu te places peut varier en fonction du poids du grimpeur, de la hauteur de la chute potentielle, des éventuels obstacles sur la paroi, etc. Les distances que nous présentons dans la vidéo sont des INDICATIONS. Ceux ne sont PAS DES REGLES absolues.

NOTE: Si tu n’es pas sûr de savoir comment assurer dynamiquement, nous t’incitons fortement à prendre un cours avec un encadrant diplômé ou un club. Il s’agit de ta sécurité et de celle des gens que tu assures !

Fabien

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Rejoindre la discussion 9 commentaires

  • Leslie dit :

    C’est l’article que j’aurais voulu lire et que j’ai cherché sans resultat quand j’ai commencé à grimper! Merci!

    • Fabien dit :

      Bonjour Leslie,
      Merci pour ton commentaire ! C’était notre cas aussi, et ça nous fait plaisir de savoir que cet article te rend service. 🙂
      Bonne grimpe à toi !

  • sylvie dit :

    Bonjour, J’aurai une petite question! Je ne fais que 50 Kg et le plus souvent, toujours en fait, j’assure des gens beaucoup plus lourds que moi! Jusqu’à quelle différence de poids puis-je assurer sans catastrophe. Je n’ai jamais eu de chute à assurer et la peur de décoller et de ne pas être assez lourde pour redescendre me fais peur! Merci

    • Fabien dit :

      Bonjour Sylvie,
      J’avais fait des recherches à ce sujet il y a quelques temps et j’en étais arrivé à la conclusion que personne ne sait vraiment répondre à cette question: quelle est la différence de poids maximum entre le grimpeur et l’assureur ?
      Cela dépend de tellement de facteurs: type de corde, type de système d’assurage, frottements (donc type de roche, type de dégaines,…), expérience de l’assureur, etc. etc. Je crois que le peu de personnes qui a essayé de faire des calculs a laissé tomber pour s’accorder sur une seule règle: le bon sens.

      Le mieux est donc de faire des essais. C’est le meilleur moyen de te rendre compte s’il y a un risque ou si tu peux te détendre. Ton grimpeur peut commencer par des petites chutes au niveau du point, puis augmenter progressivement la hauteur de chute.

      Dans la vidéo ma partenaire fait environ 50kg aussi, et j’en fais 80kg. Comme tu peux le constater elle n’a pas besoin de donner une impulsion pour décoller, mais elle ne s’envole pas pour autant. Bien sur ce n’est qu’un exemple, et cela dépend de beaucoup de facteurs.

      Dans les commentaires d’un autre article, Jean-Marc un lecteur partage cette information:
      « En Suisse il y a effectivement des normes à savoir un multiplicateur de 1.6 x. Par exemple 50 kg donne 80 kg max. En Allemagne dans l association des guides de montagne, ils prennent plutôt un facteur de 1.3x . En dessus de ce facteur… c’est la diète forcée 😉 »

      • Fabien dit :

        NOTE: Nous venons de découvrir cet appareil qui pourrait rendre service à tous les grimpeurs qui ont une grosse différence de poids avec leur assureur. A essayer !
        ELDERID OHM
        http://www.edelrid.de/en/ohm/

      • falagoa dit :

        Bonjour Sylvie, je suis dans ton cas. Je dirais que pas de soucis jusque 80 kg. MAis dans tous les cas etre tres vigilant dans les premiers mètres car le risque de retour au sol est augmenté plus la différence de poids est grande. Ainsi que le risque de percussion entre le grimpeur et son assureur. Egalement vigilance ++ dans les départs en toits. 1/laisser la premiere dégaine clippée. 2/ rester pres du départ 3/ ne jamais laissé trop de mou 4/le grimpeur ne doit pas clipper les premiers points au taquet ou a bout de bras
        L’avantage c’est que tu n’as pas à réfléchir à bien dynamiser, tout va se faire naturellement. vaille juste à ne pas te faire mal (anticiper) et ne pas lacher la corde bien entendu.
        Il est important en effet que tu puisses faire des essais progressifs pour te rassurer et connaitre les sensations afind’apprendre à anticiper et te placer. Je conseil de faire les premiers essais avec un partenaire en dessous de 75kg et sur le haut de la voie. Garde en tête que pus le partenaire sera sur les premiers mètres de la voie, plus le choc sera violent.

        Enin, pas d’inquietude sur la « descente » elle ne dépendra pas forcement de ton poids, il suffira alors une fois la chute arretée de relâcher doucement la pression sur la corde que tu tiens sous le reverso et c’est toi qui descendra

  • sylvie dit :

    Merci pour la réponse! Et bien je connais mon travail de cet été 🙂

  • Tanguy dit :

    Salut Fabien, Voilà me voici dans une mauvaise posture. Cela fait maintenant deux ans que je pratique ce sport avec plaisir, mais je me suis retrouvé dernièrement sur un problème d’assurage en tête.
    Mon grimpeur en tête, dans un toit, allait cliper, naturellement je lui donne du mou. Or en relâchant la pression que la corde exerçait sur lui, il est tombé à l’horizontal.
    La situation était ainsi: Une chute du grimpeur dans le toit tandis que lui comme moi avions trop de mou en main ( 1m 50 facilement). Mon premier réflexe fut de réduire le mou pour mieux dynamiser mon assurage et éviter le retour au sol, inévitable en cas de simple dynamisation sans réduction du mou (le toit n’étant pas très haut). J’ai donc reculé tout en surveillant au mieux le moment où son centre de gravité s’équilibrerait avec mon saut. Malgré mes efforts de dynamisation, la chute fut douloureuse.
    Ai’je fait une erreur ? Je ne vois pas comment une telle chute aurait pu mieux être assuré. Merci

    • Fabien dit :

      Bonjour Tanguy, merci pour ton message.
      C’est difficile de bien comprendre le contexte et ce qu’il s’est passé… mais j’ai l’impression que tu as fait ce qu’il fallait faire.. La priorité était bien sûr de lui éviter le retour au sol.
      Souvent ce type de problème peut être éviter en allant clipper quand le point est devant nous plutôt qu’à bout de bras, quand le point est encore loin. Cela permet de prendre moins de mou et donc de s’exposer à de moins grandes chutes.
      Bonne grimpe !

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